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Lyes Salem, cinéaste franco-algérien : « Le pouvoir algérien ne construit rien, sauf les mosquées »

Lyes Salem, cinéaste franco-algérien : « Le pouvoir algérien ne construit rien, sauf les mosquées »

« En Algérie, on a chassé le colon, mais pas la mentalité coloniale », a déclaré le cinéaste franco-algérien Lyes Salem, dans un entretien à l’hebdomadaire français Le Point. « Ceux qui ont pris le pouvoir en 1965 ont certes participé à la révolution, mais n’étaient pas dans les maquis. C’était des hommes qui avaient une ambition forte, qui voulaient plus que tout le pouvoir. Boumédiène était certes un visionnaire, mais a fait une erreur grave sur l’identité algérienne. Ben Bella avait aussi esquissé cette erreur. Mais Boumédiène a réduit cette identité algérienne à la seule identité arabe. Ils ont fait exactement comme les colons (…) Si on ne règle pas ces problèmes d’identité entre nous, on ne pourra avancer », a-t-il soutenu.

Interrogé sur les réactions vives suscitées par son long métrage « L’Oranais » (sorti en 2013) où il revenait sur les premières années après l’indépendance en Algérie avec ses déceptions et ses trahisons, Lyes Salem a précisé que les réactions étaient fortes dans les deux sens.

Attaqué par « la famille révolutionnaire », le film a été défendu par les artistes, les journalistes et les critiques. Il a rappelé que la polémique s’était concentrée sur « les scènes de bars et les gros mots », mais pas sur le fond. « L’Algérie fonctionne avec des clans ; chacun a ses propres leviers pour nuire aux autres. Le plus grand levier est au niveau du pouvoir. Le pouvoir algérien ne construit rien, sauf des mosquées. Il construit pour lui, pas pour le pays. Son pouvoir repose sur sa capacité de nuisance. Ce pouvoir en Algérie est une pyramide. Le vrai pouvoir, au sommet, est la sécurité militaire. Le reste n’a que des prérogatives », a-t-il souligné.

La Révolution algérienne (de novembre 1954) n’est, selon lui, pas encore terminée, « surtout quand on voit le nombre de mouvements contestataires qui ont lieu après ». « Mais, on dit aussi beaucoup en Algérie que cette Révolution a été volée. Les hommes qui ont pris le pouvoir par la suite ont en quelque sorte kidnappée ce rêve. Ils l’ont brisé aussi. En Algérie, pays de la dérision cynique, on dit : « Ô toi, colonisation, viens que je te raconte ce que m’a fait l’indépendance » », a relevé le réalisateur de la comédie « Mascarades ».

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