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Mohamed Benmeradi : interrogations sur un départ

Mohamed Benmeradi : interrogations sur un départ

Du remaniement très partiel annoncé mercredi 4 avril par la présidence de la République, on retiendra surtout le départ du ministre du Commerce, Mohamed Benmeradi, « appelé à d’autres fonctions ».

Un remplacement qui peut paraître surprenant au moment où la balance commerciale du pays vient précisément, au cours des deux premiers mois de l’année, de retrouver pour la première fois depuis plus de 3 ans une situation de quasi équilibre en semblant ainsi couronner les efforts et les initiatives diverses et variées de l’Exécutif dans ce domaine.

Il y a deux façons possibles d’interpréter le limogeage de M. Benmeradi qui semble avoir surpris le principal intéressé lui-même qui annonçait de nouvelles mesures devant les patrons algériens réunis à la CACI au moment-même de l’annonce de son remplacement.

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Hésitations et tâtonnements

La première et la plus simple renvoie aux hésitations et aux tâtonnements qui ont caractérisé la gestion de notre commerce extérieur depuis l’instauration des licences d’importation en janvier 2016.

Près de 2 ans après leur mise en place, coup de théâtre : Mohamed Benmeradi annonçait, le 19 décembre dernier, la suppression du système des licences en 2018 sauf pour les véhicules.

« Il n’y aura pratiquement plus de licences d’importations. Nous avons décidé de renoncer carrément à ce dispositif », avait-t-il déclaré. C’est avec beaucoup de franchise qu’il précisait que ce dispositif a été « critiqué et est considéré comme pas suffisamment transparent. Une mesure à caractère bureaucratique et administratif, nous avons décidé qu’il n’y aura plus de licences », avait expliqué l’ancien ministre lors d’une conférence de presse.

Exit donc les licences qui ont été remplacées immédiatement par une liste de produits suspendus « provisoirement » à l’importation. Problème, le nouveau système ne semble pas donner satisfaction non plus.

Mohamed Benmeradi le confirmait, toujours avec la même franchise, quelques heures avant l’annonce de son départ. « Nous avons fait une évaluation trimestrielle de la liste des produits suspendus d’importation. Il y a des produits qui n’existent pas sur le marché national. Nous allons les retirer de la liste des 851 produits. Il est probable qu’on retire une cinquantaine de positions tarifaires. En même temps, nous allons ajouter d’autres produits que nous avons oubliés lors de la préparation de la première liste ».

Des rajouts et des « oublis » qui ne font évidemment pas très bonne impression et qui peuvent expliquer à eux seuls le remplacement d’un ministre très enclin à l’autocritique.

Dévaluer le dinar ?

Il y a une autre interprétation possible du départ forcé de M. Benmeradi et qui nous oriente sur une piste plus fertile que la première.

Au début du mois de janvier dernier, c’est un véritable pavé dans la mare qu’avait jeté le ministre du Commerce en invitant tout simplement la Banque d’Algérie à réfléchir à une dévaluation du dinar.

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« Le dinar est surcoté sur la place officielle et son véritable niveau est probablement plus proche de celui du marché parallèle », avait affirmé le ministre du Commerce pour qui, « il faudrait que l’institut d’émission qui gère la parité du dinar travaille davantage à ce que les deux taux se rapprochent ».

Au mois de février, il revenait à la charge sur le même thème : « L’État est en train de subventionner les importations dans le sens où les importateurs obtiennent, auprès des banques, des devises contre dinars à un prix qui n’est pas réel, c’est-à-dire ne reflétant pas la réelle parité entre le dinar et la devise », avait de nouveau estimé le ministre dans un entretien accordé à l’agence officielle.

En recommandant ouvertement une dévaluation du dinar, Mohamed Benmeradi s’aventurait sur un terrain miné. Il n’était pas seulement en contradiction avec la position officielle du gouvernement et des autorités monétaires algériennes, ministère des Finances et Banque d’Algérie en tête, qui annoncent la stabilisation de la valeur officielle du dinar au cours des « trois prochaines années ».

Il a sans aucun doute également franchi une des fameuses « lignes rouges » qui balisent désormais l’orthodoxie officielle et la politique économique gouvernementale.

Le limogeage du tandem Laksaci – Benkhalfa en mai 2016 n’était pas dû à une autre cause. Les deux responsables de la politique de dépréciation du dinar mise en œuvre entre 2014 et 2016 ont été remerciés sans ménagement pour avoir utilisé la valeur de la monnaie nationale comme « variable d’ajustement » au choc pétrolier déclenché en juin 2014.

Commerce extérieur : traitement économique ou régulation administrative ?

Que cette dernière explication soit ou non la vraie raison du remplacement de Mohamed Benmeradi n’est en réalité pas la question la plus importante. Elle soulève surtout des interrogations qui risquent de dominer notre actualité économique au cours de la période à venir

Pas plus tard qu’hier, Mohamed Benmeradi annonçait encore devant les patrons algériens : « Nous allons mettre en place un droit additionnel dit de sauvegarde qui sera appliqué sur certains produits importés et qui est destiné à protéger la production nationale ».

Le désormais ex-ministre du Commerce affirmait, en marge de l’Assemblée générale de la Caci que « progressivement, le gouvernement mettra en place un système de protection. Il reviendra à la protection tarifaire ».

Retour à la protection tarifaire, dévaluation du dinar, la période la plus récente a été marquée par les réactions d’un certain nombre d’agents économiques nationaux mais aussi d’observateurs et d’experts qui ont affiché clairement leur défiance vis-à-vis des solutions administratives plaidant en faveur d’un traitement économique des déficits externes.

Les déclarations les plus récentes de Mohamed Benmeradi semblent indiquer que l’ancien ministre du Commerce avait choisi son camp.

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Des pressions extérieures croissantes

Un camp qui semble aussi être celui des partenaires internationaux de l’Algérie. Depuis la fin de l’année dernière, les visites de chefs d’État, de chefs de gouvernements, voire de délégations patronales ou des institutions financières internationales s’apparentent à une véritable litanie de protestations contre les obstacles administratifs et juridiques imposés à la circulation des marchandises et des capitaux par le gouvernement algérien. C’est avec une unanimité impressionnante que des personnalités aussi différentes que Macron , Erdogan et Mariano Rajoy ont appelé, en à peine quelques mois, à une plus grande ouverture de l’économie algérienne.

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Sur la défensive, le gouvernement algérien vient de rappeler par la bouche du premier ministre, Ahmed Ouyahia, que les mesures de sauvegarde adoptées dans le but de rétablir les équilibres externes ont un caractère provisoire et ne seront pas appliquées au-delà d’une période de 3 ans. Est-ce que l’Exécutif pourra maintenir cette position pendant encore 3 longues années ? Pas sûr.

 

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