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Nadia Massé, coach de Kaylia Nemour : des racines algériennes à l’excellence mondiale

Nadia Massé, entraîneure de la championne olympique Kaylia Nemour, est l’architecte discrète du renouveau de la gymnastique algérienne, retrace son histoire et parle de ses convictions.

Nadia Massé, coach de Kaylia Nemour : des racines algériennes à l’excellence mondiale
Nadia Massé, coach de Kaylia Nemour : l'architecte discrète du renouveau de la gymnastique algérienne. / © (Photo archives cor. NR-CP, Mickaël Pichon)
Makhlouf Mehenni
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On ne peut pas entraîner Kaylia Nemour et rester éternellement dans l’ombre. Nadia Massé commence à se faire connaître en Algérie, un pays avec lequel elle a renoué dès 2018, bien avant que la championne olympique et du monde ne fasse rayonner ses couleurs sur la scène internationale. 

Depuis, elle y a construit une relation particulière, faite d’engagement, de convictions et d’une volonté profonde de contribuer au développement de la gymnastique algérienne.

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Aidée par ses origines algériennes et son prénom à consonance locale ? La coach sourit et apporte une précision. Si Nadia est un prénom familier en Algérie, c’est pourtant à la légendaire gymnaste roumaine Nadia Comăneci qu’elle doit le sien.

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Nadia Massé, un prénom en héritage, une histoire liée à l’Algérie

Née en France en 1978, elle est la fille de Noureddine Boudjellal, originaire d’Oran, arrivé en France en 1967, à seulement 14 ans, et d’une mère d’origine espagnole. Son prénom, elle le doit à sa mère, admirative de la légendaire gymnaste roumaine qui avait marqué l’histoire des Jeux olympiques de Montréal en 1976. Une petite anecdote familiale prête à sourire : son père, lui, espérait un garçon pour son premier enfant ! 

Un joli clin d’œil du destin pour celle qui allait consacrer une grande partie de sa vie à la gymnastique. Comme si cette passion avait été inscrite dans son histoire avant même ses premiers pas.

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Massé sonne en revanche moins algérien. « C’est mon nom d’épouse », explique-t-elle simplement. Mère de trois enfants, Nadia a construit sa vie en France sans jamais perdre ce lien profond qui l’unit à ses origines algériennes.

Un attachement qui dépasse largement la question du nom ou de la nationalité. Il s’inscrit dans une histoire familiale, une transmission et des valeurs héritées de son père et de ses grands-parents.

Enfant, son père ne l’a emmenée qu’une seule fois en Algérie. Pourtant, ce pays a toujours occupé une place particulière dans son histoire. Dès son arrivée en 2018 pour entamer une collaboration bénévole avec la Fédération algérienne de gymnastique, elle entreprend également de renouer avec une partie de ses racines familiales.

La quête de mémoire et la volonté de servir l’Algérie

En 2022, à l’occasion des Jeux méditerranéens d’Oran, elle tente notamment de retrouver la tombe de sa grand-mère dans le grand cimetière de la ville. En vain. Une démarche profondément symbolique, révélatrice de l’importance qu’elle accorde à la mémoire familiale et à la transmission.

Son rapprochement avec la gymnastique algérienne intervient en 2018, à une période de transition dans sa carrière professionnelle. Après plusieurs années consacrées à la formation et à l’encadrement de gymnastes de haut niveau en France, Nadia Massé traverse un différend professionnel avec la Fédération française de gymnastique. 

Mais son engagement auprès de l’Algérie ne se résume pas à cet épisode. Il s’inscrit dans une volonté de mettre son expérience au service d’un pays auquel elle se sent profondément attachée.

Nadia Massé a commencé la gymnastique à l’âge de 5 ans. Si elle a dû mettre un terme relativement tôt à sa carrière de compétitrice, elle n’a jamais quitté cette discipline. Parallèlement à son parcours professionnel et à ses études en management et en commerce, elle poursuit sa formation sportive, obtient ses diplômes d’entraîneur et consacre plus de vingt-cinq années à la formation de jeunes gymnastes.

Son empreinte dans la gymnastique française est loin d’être anecdotique. Trois des six gymnastes composant l’élite française à l’époque sont passées entre ses mains. Une fierté pour cette entraîneure qui a toujours considéré la formation comme l’une des missions les plus nobles de son métier. 

Son différend avec la Fédération française, qu’elle a porté devant les prud’hommes, reste une étape marquante de son parcours. « Je ne supporte pas l’injustice », confie-t-elle. Une conviction qui dépasse largement le cadre sportif et qui a toujours guidé ses choix. 

La double nationalité apparaît alors comme une richesse, une possibilité de construire des ponts entre deux pays plutôt que de devoir choisir entre eux. Quelques années plus tard, Kaylia Nemour allait elle aussi écrire une nouvelle page de cette histoire partagée entre la France et l’Algérie. 

En Algérie, Nadia Massé découvre bien davantage qu’une partie de ses origines. Elle rencontre des personnes animées par une volonté de progresser, une ambition sportive et des valeurs dans lesquelles elle se reconnaît.

« J’y ai découvert une grande intelligence, une quête de l’excellence et des valeurs qui sont les miennes : le travail, la loyauté, le respect et la justice », confie-t-elle.

Son histoire familiale l’a également conduite à s’intéresser très tôt à l’histoire de l’Algérie, notamment à la période coloniale et à la guerre d’indépendance. Une histoire transmise par son père et ses grands-parents, qu’elle a continué à approfondir au fil des années.

Elle regrette notamment que certains épisodes de cette histoire, marqués par de profondes injustices et des violences, ne trouvent pas toujours la place qu’ils méritent dans l’enseignement français.

Ayant elle-même grandi avec un nom de famille algérien, elle sait aussi que les origines peuvent parfois susciter des préjugés. Mais loin de vouloir opposer les peuples, elle défend une vision fondée sur le respect, la connaissance de l’autre et le refus des discriminations.

Pour elle, l’identité ne se limite ni à un passeport ni à un lieu de naissance. Elle se construit également dans la mémoire, la transmission et les valeurs que l’on choisit de faire vivre.

Un rôle central dans le choix de Kaylia Nemour

Pour revenir à la gymnastique, un rôle central est prêté à Nadia Massé dans la décision de Kaylia Nemour d’opter pour les couleurs de l’Algérie en 2022. Modestement, l’entraîneure refuse de tirer la couverture vers elle. « C’est un peu grâce à tout le monde. C’est le choix de l’athlète, de ses parents et de ses entraîneurs de l’époque », rappelle-t-elle. 

Il reste toutefois que Nadia Massé a contribué à ouvrir la voie en présentant le projet à Sofiane Zahi, de la Fédération algérienne de gymnastique. « Je lui ai dit qu’il y avait des pépites, notamment une jeune gymnaste en France qui souhaitait porter les couleurs de l’Algérie… »

La suite appartient désormais à l’histoire de la gymnastique mondiale. Nadia Massé ne cherche pourtant pas à transformer cette aventure en règlement de comptes avec la Fédération française de gymnastique. Elle tient à distinguer les décisions institutionnelles des intentions de ceux qui les ont prises. 

Concernant les difficultés rencontrées par Kaylia pour reprendre la compétition après son opération, elle reconnaît que les décisions avaient été prises sur la base d’éléments médicaux et avec la volonté affichée de préserver la santé de l’athlète. 

Une position qui illustre sa volonté de ne pas réduire les situations complexes à des oppositions personnelles. Après plus de vingt-cinq années consacrées à la formation et à l’accompagnement des gymnastes, la carrière de Nadia Massé prend une nouvelle dimension en 2025. 

 « Le plus dur, c’est de rester au sommet » 

Lorsque Kaylia Nemour décide de donner une nouvelle orientation à son parcours sportif, elle choisit de lui confier la suite de sa préparation, après plusieurs années de collaboration avec Marc et Gina Chirilcenco, qui l’ont accompagnée jusqu’au titre olympique. Une responsabilité immense, que l’entraîneure aborde avec humilité et détermination.

 

« Cette idée est peut-être dans la tête de tout le monde, mais la carrière d’un athlète et celle d’un entraîneur sont ainsi faites. Kaylia m’a choisie et je me dois de donner le meilleur de moi-même pour lui permettre de rester au sommet. Il est difficile d’atteindre le haut niveau, mais le plus dur, c’est d’y rester. »

 

Nadia Massé sait ce que représente cette confiance. Accompagner une championne olympique ne consiste pas seulement à construire des programmes d’entraînement ou à rechercher de nouvelles difficultés techniques. C’est aussi comprendre une personnalité, partager des doutes, traverser des moments difficiles et construire une relation humaine suffisamment solide pour affronter les exigences du très haut niveau.

 

Car derrière les médailles se cachent des années de travail, des sacrifices, des remises en question et une exigence quotidienne. Pour cette mère de trois enfants, dont la vie se partage entre sa famille et les gymnases, la réussite sportive ne peut être dissociée des valeurs humaines.

 

Et si son parcours l’a conduite des gymnases français aux plus grandes compétitions internationales sous les couleurs algériennes, Nadia Massé semble avoir trouvé dans cette aventure bien davantage qu’une consécration professionnelle.

 

Une manière de réunir ses racines, ses convictions et sa passion pour la gymnastique, avec cette même volonté de transmettre, de construire et de contribuer à faire rayonner l’Algérie sur la scène internationale.

 

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