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Un baril à 100 dollars nécessaire pour équilibrer le budget 2018

Intervenant jeudi devant les députés dans le cadre de la présentation du projet d’amendement de la loi relative à la monnaie et au crédit, le ministre des Finances , Abderrahmane Raouya, a surpris beaucoup de spécialistes en indiquant que l’Algérie avait besoin d’un baril de pétrole à 70 dollars pour équilibrer son budget. En réalité, il voulait parler du budget 2017 et non pas de celui de l’année prochaine.

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La notion de « prix d’équilibre budgétaire » du baril de pétrole qui refait son apparition dans le débat national à l’occasion des déclarations du ministre des Finances a été « inventée » voici près d’une dizaine d’années par les économistes du FMI.  Son but : attirer l’attention des pays exportateurs de pétrole sur la croissance accélérée de leurs dépenses publiques dans un contexte de hausse des prix pétroliers et sur les risques que ces dépenses faisaient courir à l’équilibre futur de leurs finances publiques.

On ne peut pas dire au regard des développements récents dans ce domaine que les institutions financières internationales aient manqué de sens de l’anticipation. Selon les experts du FMI, les dépenses publiques ont grimpé fortement dans tous les pays exportateurs de pétrole « essentiellement en raison des hausses salariales et des subventions alimentaires et énergétiques ».

Fièvre dépensière et un record à 140 dollars en 2012

En 2014, Les animateurs de l’initiative Nabni s’étaient livrés à leur tour à quelques calculs assez éclairants en utilisant le concept de « prix d’équilibre budgétaire » dans le cadre d’une rétrospective des dépenses publiques depuis l’année 2007.

On apprenait ainsi que le prix du baril de pétrole qui permet de financer les dépenses du budget de l’État se situait encore à 60 dollars en 2007. Il a bondi à 80 dollars en 2009, à 125 dollars en 2010 avant d’atteindre un niveau record de plus de 140 dollars en 2012 dans le contexte d’un État algérien saisi par une véritable « fièvre dépensière ».

Selon les calculs effectués par Nabni, le prix d’équilibre associé au projet de Loi de finances 2013, marqué par une plus grande « prudence », était encore de 105 dollars.

En 2014, c’est la Banque d’Algérie elle-même qui avait pris le relais en délivrant un véritable « warning » sur les finances publiques nationales.

L’institution dirigée à l’époque par Mohamed Laksaci affirmait dans son rapport de conjoncture : « Désormais, l’équilibre budgétaire requiert des niveaux de prix des hydrocarbures supérieurs à 112 dollars le baril pendant que les recettes budgétaires totales restent fortement dépendantes de celles, très volatiles, des hydrocarbures ».

Changement de décor à partir de 2016

Le « nouveau modèle économique », adopté en 2016, et la réduction des dépenses budgétaires enregistrée à partir de 2016 et accélérée en 2017 avait fait redescendre le prix d’équilibre budgétaire nettement sous la barre des 100 dollars.

Elle l’avait même ramené pour l’année en cours, dans le cadre de la Loi de finance 2017, à un niveau proche de 75 dollars sur la base de dépenses prévues de 6800 milliards de dinars et d’un déficit annoncé un peu supérieur à 1200 milliards de dinars.

Le montant du déficit budgétaire réel pour l’année en cours n’est pas encore connu, par définition, puisque l’année n’est pas terminée mais les informations livrées la semaine dernière par le ministère des Finances indiquaient que le « solde négatif du Trésor public », qui recouvre à peu près la même définition, se situait à un peu plus de 380 milliards de dinars à fin juin.

On peut donc penser que le déficit budgétaire pour cette année sera moins élevé que prévu à moins d’un emballement possible des dépenses au second semestre. Ce sont sans doute ces données récentes qui ont conduit le ministre des Finances a évoqué un chiffre de 70 dollars pour équilibrer le budget à la fin de l’année en cours.

Relance des dépenses et augmentation du déficit au menu en 2018

Pour l’année 2018 , les choses s’annoncent en effet de façon très différentes. Le projet de Loi de finance, dont TSA a rendu public de larges extraits au cours des derniers jours, prévoit des dépenses budgétaires en très forte hausse par rapport à l’année 2017. Ces dépenses devraient s’élever l’année prochaine à plus de 8600 milliards de dinars ce qui provoquera également une forte hausse du déficit budgétaire programmé à 2100 milliards de dinars.

Dans ces conditions, des recettes de fiscalité pétrolières près de deux fois supérieures à celles qui sont attendues l’année prochaine (environ 2800 milliards de dinars ) permettraient d’équilibrer le budget 2018. Pour atteindre de telles recettes, il faudra un baril à près de 100 dollars.

 

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