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La finance islamique, nouveau symbole de l’incapacité à réformer le secteur bancaire algérien

Depuis quelques mois, les déclarations des responsables financiers algériens se concentrent sur la proposition par les banques de « produits bancaires alternatifs aux produits classiques » donnant ainsi l’impression que le développement de…

La finance islamique, nouveau symbole de l’incapacité à réformer le secteur bancaire algérien
Ladjouzi Nassim
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Depuis quelques mois, les déclarations des responsables financiers algériens se concentrent sur la proposition par les banques de « produits bancaires alternatifs aux produits classiques » donnant ainsi l’impression que le développement de la finance islamique constituerait la principale option retenue par les pouvoirs publics pour une réforme et une modernisation du secteur bancaire algérien.

À la fin de la semaine dernière, Abderrahmane Raouya est de nouveau revenu sur ce thème affirmant : « L’Algérie est prête à aller vers la finance islamique et la finance alternative et que, c’est aux acteurs de se mettre en ordre de bataille ».

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Le ministre des Finances a indiqué, lors de la présentation d’une étude réalisée par le FCE sur les finances alternatives et la finance islamique en particulier, que « les banques se doivent d’avoir une approche devant toutes les demandes, à l’effet de répondre aux préoccupations de tous les épargnants, y compris celles de la frange des détenteurs de ressources qui souhaitent bénéficier d’une forme de rémunération, en dehors de celle basée sur un rendement défini préalablement ». « Il s’agit clairement d’aller aux demandes de cette catégorie de clientèle, de lui proposer des produits bancaires en accord avec leurs attentes particulières », a-t-il ajouté.

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La finance islamique à la rescousse

Concrètement, la démarche des pouvoirs publics pour moderniser notre système bancaire et mobiliser l’épargne des ménages s’est essentiellement traduite depuis l’été dernier par une invitation très ferme adressée aux banques dans le but de développer les produits financiers islamiques. Les six banques publiques se sont ainsi engagées à lancer des services de finance islamique « avant  la fin de l’année 2017 » et le gouvernement a  annoncé la création  d’un « comité de conformité charia ».

Lors d’une journée parlementaire sur la finance islamique, organisée en avril dernier par la commission des finances et du budget de l’APN, le Gouverneur de la Banque d’Algérie (BA) Mohamed Loukal a fait savoir que la finance alternative ne représentait encore que 2% du marché financier.

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Rappelant la volonté commune de la BA, des pouvoirs publics et des banques commerciales pour la généralisation des produits dits alternatifs, M. Loukal a expliqué cette part modeste des produits financiers alternatifs par le fait qu’ils ont été commercialisés par deux banques privées seulement au moment où les banques publiques représentent 87% du marché bancaire.

« Les banques publiques ont été totalement absentes pour ce qui est des produits alternatifs. Mais vu leur poids dans le marché bancaire et leur réseaux étendu sur tout le territoire national, elles vont sans doute marquer, en se lançant dans ces produits, un tournant décisif dans leur généralisation », a prédit le gouverneur.

De son côté, le président de l’ABEF Boualem Djebbar a affirmé que beaucoup de banques s’apprêtaient à ouvrir, au niveau de leurs agences, des fenêtres dédiées aux produits alternatifs. En attendant la création de l’instance religieuse nationale, les banques concernées vont recourir à des instances religieuses indépendantes qui seront installées au niveau de chaque banque pour vérifier la conformité des nouveaux produits avec les principes de la Charia, a avancé M. Djebbar. Ce dernier a, pour sa part, estimé l’encours des produits financiers dits alternatifs à 200 milliards de DA, soit près de 3% de l’ensemble de l’encours des financements bancaires (près de 9.000 milliards de DA à fin 2017) et à 16% leur part dans les financements accordés par les banques privées.

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La réforme bancaire en stand- by

En dépit de cette focalisation récente sur la finance islamique, la plupart des spécialistes que nous avons interrogés estiment que le développement des produits financiers « charia compatible » est très loin de constituer une réponse suffisante aux problèmes rencontrés aujourd’hui par le secteur bancaire algérien.

Les projets beaucoup plus ambitieux de réforme du secteur bancaire n’ont pourtant pas manqué au cours des dernières années et les cercles dirigeants nationaux semblent même tentés périodiquement par le recours à des solutions radicales

Rien que dans une période très récente, Abdelmadjid Tebboune, éphémère premier ministre, avait affirmé au printemps 2016, que « le système financier, notamment les banques et les sociétés financières publiques, ont besoin, de façon indispensable et urgente, d’une réforme de leurs modes de gestion, afin qu’elles deviennent des instruments efficaces au service de l’économie nationale. Les banques publiques, à l’état actuel, fonctionnent comme des guichets de gestion des comptes ».

Ce constat sévère était accompagné de l’assurance que « l’action du gouvernement vise à faire sortir les banques nationales de ce mode classique de gestion pour qu’elles deviennent une vraie locomotive pour la relance de la croissance et l’accompagnement du climat général des affaires et de l’investissement ».

Quelques mois plus tôt, en décembre 2016, c’est Hadji Baba Ammi, ministre des Finances du dernier gouvernement Sellal, qui faisait  savoir dans un entretien accordé à l’agence officielle APS que « l’ouverture du capital des banques publiques n’est pas à l’ordre du jour » bien que, confirmait-t-il,  « elle est figurée dans la première mouture de l’avant projet de loi de finances 2017 ».

Baba ammi ajoutait : « L’Algérie n’a pas fermé la porte à la possibilité d’agréer de nouvelles banques mais souhaite établir des partenariats avec de grandes banques internationales de premier ordre ». Toutefois, expliquait-il, « ces banques conditionnent leur implantation en Algérie par une détention majoritaire dans le capital alors que cette condition est en contradiction avec le principe de l’établissement de l’activité bancaire sous forme de partenariat prévu par la loi de Finances de 2009 qui limite les participations étrangères à 49% pour tous les investissements étrangers ».

Quelques années plus tôt encore, en 2005, un programme approuvé officiellement par l’exécutif visait à transformer en profondeur le paysage financier algérien à travers, tout d’abord, une réforme des banques publiques y compris au moyen de la privatisation de plusieurs d’entre elles. Le CPA devait ouvrir la voie et montrer le chemin à la BDL. À la fin de l’année 2007, l’une de ses dispositions phares qui concernait le processus de privatisation du CPA, a été interrompue,  pour cause de crise financière internationale.

À l’heure actuelle, l’ouverture partielle et dans une proportion très limitée du capital du CPA figure toujours au programme, annoncé en 2013, d’entrée à la Bourse d’Alger de 8 entreprises publiques mais qui n’a pour l’instant reçu aucune concrétisation.

À quand une banque privée à capitaux algériens ?

En l’absence d’ouverture du capital des banques publiques, une deuxième mesure serait techniquement simple mais reste idéologiquement compliquée. Elle renvoie au handicap que constitue pour le système bancaire national, l’interdiction qui ne dit pas son nom de la création de banques privées à capitaux algériens. Une situation dont il n’existe pas d’exemple au moins dans le bassin méditerranéen et sans doute beaucoup plus loin. Une anomalie selon beaucoup de spécialistes mais aussi selon des patrons proches du FCE qui plaident en faveur de « l’implication du capital privé national dans le secteur financier et bancaire ».

La mesure est simple sur le plan technique. Il suffit que la Banque d’Algérie donne son agrément à quelques-uns des dossiers déposés depuis de nombreuses années par des investisseurs algériens. Elle est idéologiquement plus compliquée. Après les affaires Khalifa et BCIA, les pouvoirs publics doivent dépasser l’échec essuyé par de premières expériences qui sont loin d’avoir été concluantes.

Une contre-réforme du secteur bancaire public depuis 2011

La valse-hésitation du gouvernement à propos de la privatisation des banques publiques illustre l’impasse, voire la « fuite en avant », dans laquelle se trouve actuellement engagée la gestion du secteur bancaire public. Contrairement aux attentes exprimées par beaucoup de spécialistes ainsi qu’aux recommandations pressantes des institutions multilatérales, c’est en réalité une sorte de contre-réforme du secteur bancaire public qui a été mise en œuvre au cours des dernières années.

Les orientations récentes des autorités financières tournent en effet le dos à ce qui était, voici encore quelques années, le credo de toutes les banques publiques : la « banque universelle » développant à la fois ses activités en direction des entreprises, tous secteurs confondus, mais aussi des professions libérales ou encore des particuliers. C’était  la stratégie affichée par les  banques publiques algériennes pendant plus d’une décennie. À l’image de toutes les grandes banques internationales, il s’agissait d’élargir leurs domaines de compétence, renforcer leur professionnalisme, accroître leur rentabilité et diviser leurs risques.

Les banques publiques acteurs passifs de l’exécution des choix gouvernementaux

Depuis le début de la décennie en cours, le changement de décor est complet. Les banques commerciales publiques, qui représentaient encore en 2016 près de 87% à la fois des crédits et de la collecte de l’épargne du secteur  bancaire, ont en effet été sollicitées massivement par l’État qui est leur actionnaire unique, pour financer, dans une première étape, les programmes de développement de la micro entreprise puis les investissements réalisés dans les infrastructures économiques et sociales, en lieu et place du Trésor public tandis que le financement de l’investissement productif peine encore à décoller.

Après la BEA considérée de longue date comme la « banque de Sonatrach », voilà que le CPA a été appelé officiellement depuis 2013 à devenir « une banque du logement », tandis que les excédents financiers de  la CNEP ont été mis massivement, depuis l’année 2012, au service des investissements de Sonelgaz. Une sorte de grand retour du concept et de la pratique de la spécialisation bancaire en vogue dans les années 70.

La Banque d’Algérie veut plus d’agressivité commerciale

C’est dans ce contexte caractérisé par les fortes contraintes qui leurs sont imposées et un immobilisme marqué de la gestion des banques d’État que le Gouverneur de la Banque d’Algérie, lui-même ancien banquier commercial, a tenté récemment de secouer les mastodontes publics .

En mars dernier, la Banque d’Algérie a exhorté les banques commerciales à donner davantage de « souplesse » aux opérations de dépôts de fonds et de l’accès à ces dépôts par les épargnants. Elle appelait l’ensemble des banques de la place à « cesser  d’exiger des justificatifs au-delà de ceux relatifs à l’identité du client en assurant qu’elle a pris ses dispositions pour assurer le contrôle de l’origine des fonds ».

Est-ce qu’une telle mesure, qui est tout de même la moindre des choses, peut être suffisante pour canaliser l’épargne oisive des Algériens vers les banques ? Certainement pas.

Mohamed Loukal a indiqué tout récemment, à ce propos, que les banques allaient orienter leurs stratégies vers la mobilisation de l’épargne thésaurisée « à travers plusieurs mesures dont la proposition de prix adéquats, la prise en compte des taux d’inflation, la modernisation de la médiation bancaire, la  diversification des services et produits bancaires et le développement des systèmes de paiement ».

Revenant avec insistance sur l’importance d’accroître l’inclusion financière en Algérie, il a sommé les banques d’être plus agressives en matière de collecte de ressources au risque de se retrouver contraintes de subir des opérations de refinancement assez coûteuses.

Le Gouverneur de la Banque d’Algérie avertit : « Jusque-là, la politique monétaire a été assez accommodante. Mais au fur et à mesure, cette politique sera plus dure et va contraindre les banques à choisir entre le refinancement avec des coûts plus importants, et le recours à la ressource des épargnants avec des coûts moindres et une bancarisation plus poussée ».

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