
Les résultats du Bac 2025 en Algérie ont été publiés dimanche 20 juillet. Dans cet entretien, Ahmed Tessa, pédagogue et auteur, décrypte ces résultats et évoque la réforme de l’examen du baccalauréat .
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Quel est votre appréciation du taux de réussite au Bac 2025 en Algérie qui a atteint 51,57% pour les élèves scolarisés ?
Des inquiétudes. D’abord il y a un recul par rapport au bac 2024 alors que le logiciel pédagogique n’a pas changé et que le bac avec 9 de moyenne tel que déclaré les années précédentes est une erreur. Ensuite, la polémique relancée à dessein autour des classements par wilaya est une tentative de diversion pour cacher les vrais enjeux : comment redresser le bateau scolaire qui navigue à vue.
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N’est-ce pas que la première – et la seule à ce jour – conférence nationale d’évaluation de la réforme (de 2003) a eu lieu en juillet 2015. Elle avait débusqué les nombreux dysfonctionnements de la Réforme lancée en 2003. Non seulement ses recommandations qui commençaient à être appliquées ont été mises de côté, mais depuis 10 ans on ne sait pas si la réforme a réussi.
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Comment améliorer le taux de réussite au Bac ?
Il ne s’agit pas d’améliorer le taux de réussite. À ce jeu, on peut avoir 90% de réussite dès l’année prochaine, il suffit de jouer sur la nature des épreuves et sur les barèmes de notation.
C’est connu et c’est courant même. Dans le pays qui a créé le bac en 1806 et qui s’y accroche, la ministre de l’éducation vient de « dénoncer le laxisme dans la correction des épreuves du bac» après les 91..% de réussite. Cela ne se passe pas comme ça dans d’autres pays, en Scandinavie, en Finlande….
Dans ces pays, l’accès à l’enseignement supérieur n’est pas une affaire d’Etat et ne mobilise pas des dizaines de milliards de centimes chaque année. Tout comme il ne déclenche ni angoisse paroxystique et ni triches.
Comment réformer le Bac?
Depuis longtemps, je milite pour le double principe d’admissibilité et d’admission. L’admission revient en dernier ressort à l’université, en fixant les modalités d’accès à l’enseignement supérieur (concours sur les disciplines de spécialité et les langues, par exemple, accompagné d’une épreuve orale).
Cela peut se faire en deux jours maximum. Quant au lycée, il délivre le visa d’admissibilité (un Certificat de fin d’études secondaires) sur le cursus des trois ans de lycée – selon des modalités strictes qui préserve la qualité des postulants.
Et afin de désengorger l’enseignement supérieur, il est urgent de créer une autre voie royale : celle des Instituts supérieurs d’Enseignement professionnel. En accompagnant cette seconde voie par une profonde réforme du secteur de la Formation professionnelle et en mettant en place des passerelles programmatiques et d’orientations avec le scolaire et l’université. En conclusion, c’est d’une refondation dont a besoin notre système éducatif et à commencer par se débarrasser de l’actuel logiciel pédagogique qui bride l’intelligence et la créativité de nos enfants/adolescents dès la maternelle.
Le podium du Bac 2025 est dominé par les filles. Comment expliquez-vous cette domination ?
La tendance est mondiale. Plusieurs facteurs pour l’expliquer: anthropologiques, sociologiques et psychologiques. Cette ténacité à dépasser la gente masculine se retrouve aussi dans le monde du travail. Ici, je me contente de la spécificité des filles scolarisées en Algérie.
Elles profitent du logiciel pédagogique en usage dans l’école algérienne qui privilégie la mémoire (le parcoeurisme) au détriment de l’intelligence générale ( la compréhension, l’analyse, la synthèse, l’esprit critique et la créativité.
Comme la mémorisation est sollicitée partout (en langues, maths, physique, philo, histoire-géographie, éducation religieuse, sciences naturelles), y compris dans les épreuves d’évaluation (interrogations, compositions et examens) cela demande des efforts et des sacrifices: veiller tard, supprimer les loisirs etc.
À ce jeu des sacrifices, la force de caractère et la volonté priment. Ce sont deux qualités qui caractérisent nos filles soucieuses de ne pas connaître le sort de mères ou grand-mères. Pour lever toute équivoque, l’ultra mémorisation n’enlève en rien au mérite des lauréats et lauréates. Dommage que leur intelligence générale ait été marginalisée dès le primaire. Sinon ils auraient fait des merveilles.