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Communication gouvernementale : la méthode Ouyahia

New Press

Ahmed Ouyahia a choisi la fête de l’Achoura et le pôle pétrochimique d’Arzew pour sa première visite de terrain en tant que Premier ministre. Un déplacement couvert uniquement par les médias publics : télévision, radios et agence officielle. Les chaînes et les journaux privés n’ont pas été invités à couvrir cette visite. Aucune explication n’a été fournie sur cette mise à l’écart des médias non officiels.

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Un message en arabe et un autre en français

Ahmed Ouyahia entend visiblement gérer sa communication sans être perturbé par les questions qui gênent sur la gestion économique et politique actuelle du pays.

« Espoir » et « confiance » sont les deux maîtres mots de « la campagne » d’Arzew qui semble s’inscrire dans un nouveau plan médias du pouvoir. Après avoir contribué à semer la panique dans le pays en évoquant, le 21 septembre dernier devant l’APN, que l’État a failli ne pas payer les salaires de novembre des fonctionnaires en raison du déficit budgétaire, Ouyahia tente de calmer le jeu.

C’était l’essentiel de son message délivré déjà, mercredi 27 septembre, devant le Conseil de la nation lorsqu’il avait défendu « la légitimité de l’espoir et de l’espérance » en Algérie.

À Arzew, et devant les caméras de l’ENTV, Ouyahia a parlé en arabe et en français. Curieusement, l’ex-RTA n’a pas doublé en arabe ses propos en français diffusés le même jour au JT de 20h.

Donc, Ouyahia s’adresse à des publics différents. En français, il a, en échangeant avec le PDG de Sonatrach, parlé de l’importation des carburants qui « nous coûte cher » en raison de la dépréciation du dinar et des subventions de l’État. En français toujours, il a critiqué « les points de vue et analyses nihilistes » sur la situation économique et financière du pays. « Nous avons tendance à occulter que l’Algérie avance », a-t-il proclamé.

Revenant sur l’achat par une filiale de Sonatrach de deux méthaniers pour plus 400 millions de dollars, il a profité pour lancer une nouvelle pique à l’opposition en disant que cette acquisition est une réponse « à ceux qui disent où sont partis les 1000 milliards de dollars ».

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Au nom du président de la République

Après avoir écouté un exposé sur l’état actuel et les perspectives de la Sonatrach, le Premier ministre, qui a dit parler au nom du président de la République, s’est adressé en arabe aux cadres de Sonatrach en ces termes : « Nous avons une confiance totale en vous ».

Il a demandé à l’élite de Sonatrach de « reprendre confiance en elle-même » et de s’appuyer sur ses compétences pour « servir l’entreprise et l’Algérie ». Le groupe pétrolier public a été fortement déstabilisé ces dernières années. En quinze ans, sept PDG se sont succédé à sa tête et certains comme Said Sahnoune n’ont tenu que quelques mois.

Usant d’un autre élément de langage, l’« optimisme », Ouyahia a déclaré que la Sonatrach peut s’adapter aux « défis d’aujourd’hui ». « Et là, je vous encourage de vous engager dans le domaine des énergies non conventionnelles, le schisteux. La société a les moyens d’expliquer et de rassurer le citoyen algérien pour lui dire qu’on ne va pas ouvrir les portes de l’enfer. Au contraire, c’est une manière d’assurer un avenir certain dans le secteur de l’énergie »a-t-il affirmé 

N’ayant pas pu convaincre les Algériens de l’utilité économique d’exploiter le gaz de schiste, surtout après les protestations citoyennes de In Salah en 2015 et 2016, le gouvernement a décidé d’impliquer directement Sonatrach en lui confiant une mission périlleuse d’expliquer un choix avant tout politique. Expliquer et justifier une décision politique fait-il partie des compétences de la Sonatrach ?

L’âge de l’après pétrole est encore lointain

À Arzew, Ouyahia n’a étrangement parlé ni de l’énergie solaire ni de l’éolien. Le gouvernement a-t-il « un plan d’action » pour les énergies renouvelables ? « Le pétrole sera pour longtemps le moteur essentiel de l’économie nationale », a tranché Ouyahia. Quid de « la diversification de l’économie » et de « l’encouragement » des investissements en dehors du secteur des hydrocarbures, évoqués lors de son passage devant les deux chambres du Parlement ?

Devant l’APN et le Conseil de la nation, le Premier ministre a évité d’évoquer la révision de la Loi sur les hydrocarbures. Mais, il en a fait l’annonce à Arzew sans donner plus de précisions. « Il faut qu’on évite de parler de la Loi sur les hydrocarbures dans une spirale algéro-algérienne. Le monde des hydrocarbures connait de grandes transformations. Il est temps pour l’Algérie de relire et amender la Loi sur les hydrocarbures pour que nous ayons la capacité d’attirer les partenaires qui peuvent nous aider à améliorer les capacités du pays dans ce domaine »a-t-il plaidé.

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Est-ce le retour à la réforme de Khelil de 2006 qui a été fortement critiquée par les experts, avant d’être abandonnée ? S’agit-il d’une ouverture plus large des secteurs pétrolier et gazier ? Aux fins, probablement de contourner les questionnements sur ce dossier, Ouyahia n’a pas évoqué le projet devant les parlementaires. 

Des ministres muets

Par ailleurs, au Parlement, lors de la double présentation du plan d’action du gouvernement, les ministres ont refusé de s’exprimer devant les médias. S’agit-il d’un signe de verrouillage ? Habituellement, les membres du gouvernement se prêtaient facilement au jeu des questions-réponses des journalistes surtout sous Abdelmalek Sellal.

Ouyahia entend visiblement imposer sa « méthode » dans la conduite de la communication officielle. Pourtant, lors du Conseil des ministres du 6 septembre 2017, le président Bouteflika avait chargé le gouvernement « d’accompagner ses efforts d’une communication dynamique », afin « d’expliquer le sens véritable des réformes » qui seront mises en route, « à l’effet d’y faire adhérer la société, en cette phase où le pays est confronté à de nombreux défis ».

Écarter les médias privés d’une visite officielle du Premier ministre et éviter de répondre aux questions des journalistes sur le terrain, relève-t-il de « la communication dynamique » ?

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