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L’Algérie aux Brics, inflation… : entretien avec Brahim Guendouzi

L’Algérie aux Brics, inflation… : entretien avec Brahim Guendouzi

Dans cet entretien, le professeur en économie Brahim Guendouzi explique ce que l’Algérie doit faire pour obtenir une adhésion au groupe des Brics. Il revient aussi sur l’inflation, le modèle économique chinois et l’Algérie ainsi que la faiblesse des crédits accordés à l’économie.

L’Algérie est candidate pour intégrer les Brics mais la taille de son économie est relativement petite par rapport aux pays qui composent ce groupe. Que faut-il faire pour augmenter le PIB pour se rapprocher des critères du groupe des Brics ?

Si au départ, le groupe Brics à sa création en 2001, reposait sur l’idée de l’émergence économique du fait des forts taux de croissance qui caractérisaient les pays le composant, comparativement à ceux du G7, aujourd’hui, c’est beaucoup plus la gouvernance économique mondiale et la question du système unipolaire actuel, qui ressortent comme préoccupation et sont susceptibles de donner lieu à des évolutions majeures durant les années à venir.

C’est de ce point de vue, que l’Algérie s’est portée candidate pour intégrer les Brics, avec d’autres pays candidats aussi, qui ont cette perception des relations internationales, comme l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Indonésie, ou encore l’Égypte.

Évidemment, la question économique ne saurait être mise de côté, elle sera toujours le ciment qui lie les cinq pays du groupe. Aussi, l’Algérie qui a demandé officiellement son adhésion aux Brics est dans l’obligation d’adopter un programme économique des plus ambitieux, lui permettant de se hisser dans un temps record aux exigences de cette adhésion. La question qui se pose alors, avec quels moyens ?

L’économie de l’Algérie est dominée par les hydrocarbures qui à leur tour obéissent aux fluctuations du marché du pétrole. La diversification de l’économie se heurte aux obstacles bureaucratiques et au poids considérable de l’économie parallèle. Comment accélérer la diversification de l’économie ?

L’économie algérienne vit au rythme de la rente pétrolière. Le processus voulu de densification du tissu économique national et de sa diversification, appelle à une adhésion très large pour au moins obtenir un consensus à partir duquel seront érigés les différents maillons d’une économie productive et de la valeur travail.

L’entreprise, créatrice de richesses, doit être au centre des préoccupations, sinon comment le PIB va -t-il augmenter ? Ajouté à cela, le secteur informel comme appendice de l’économie nationale, reste un indicateur relatif du sens de l’évolution imprégné au système économique national.

Les prévisions de croissance de l’économie algérienne établies par le FMI et la Banque mondiale restent modestes de l’ordre de 2 à 3 %. Comment l’expliquer alors que le pays a un potentiel énorme ?

La commande publique, source de croissance économique, à partir du financement de la fiscalité pétrolière, ne mène qu’à des taux de croissance faibles, comme ceux obtenus depuis une vingtaine d’années.

Des sources de croissance existent comme l’agriculture, le secteur minier et la pétrochimie. Elles sont susceptibles de redonner à l’économie algérienne une croissance vigoureuse.

Il reste néanmoins vrai qu’un taux d’investissement faible ne peut générer de la croissance, de surcroît lorsque les investissements directs étrangers (IDE) ne sont pas encore au rendez-vous.

La modification de textes juridiques comme la loi relative à l’investissement, la loi monétaire et bancaire ou encore la loi sur la passation des marchés publics, apportent de la transparence, de la célérité dans les procédures et des garanties, pour faire en sorte que les investisseurs tant nationaux qu’étrangers soient convaincus et donc s’engagent dans le processus entrepreneurial en Algérie.

Les restrictions aux importations sont-elles pour quelque chose dans ce fonctionnement au ralenti de l’économie algérienne ?

Avant que les cours du pétrole brut ne repartent à la hausse suite au conflit russo-ukrainien dès le début de l’année 2022, les pouvoirs publics avaient affiché une ferme volonté d’assainir l’activité d’importation pour au moins deux raisons.

La première, pour mieux maîtriser l’évolution de la balance commerciale devenue largement déficitaire entre 2014 et 2020. La seconde raison, c’est pour lutter contre des pratiqIues frauduleuses (surfacturation, anomalies dans les registres de commerce, etc.).

Par ailleurs, la substitution aux importations est préconisée également par l’encouragement de la production nationale, avec le souci de valorisation du produit local et surtout de sa protection contre la concurrence déloyale.

Au final, même si la volonté de bien faire existe, et elle est forte, s’agissant de la rationalisation des importations et de la valorisation de la production nationale, il n’en demeure pas moins que la démarche choisie reste contestable sur plusieurs points, et donc ne saurait enclencher une avancée dans la préoccupation qui a prévalue, car devenant carrément source de blocage de l’activité économique.

Du point de vue économique, l’Algérie a-t-elle les moyens d’intégrer les Brics ?

Il est utile de rappeler l’excellence des relations commerciales de l’Algérie avec les cinq pays du groupe Brics. Les principaux atouts sont les ressources minérales dans le vaste domaine minier du pays, le haut potentiel énergétique tant fossile que renouvelable ou encore les perspectives du développement agricole.

Il y a également le positionnement géographique de l’Algérie qui représente un avantage de premier ordre. Des handicaps existent aussi comme le déficit en gouvernance économique ainsi que la faiblesse de l’intégration du tissu économique national.

Dans tous les cas, la demande d’adhésion de l’Algérie au groupe des Brics a suscité de l’intérêt et deux pays membres l’on déjà fait savoir publiquement en l’occurrence la Chine et la Russie.

L’élargissement à d’autres pays qui voudraient rejoindre le groupe peut s’avérer en effet opportun pour lancer une nouvelle dynamique à même de projeter l’influence des Brics sur l’économie mondiale pour les années à venir ainsi que la question centrale de sa gouvernance.

Le taux d’inflation reste élevé en Algérie et les prix des produits de consommation sont élevés par rapport au salaire minimum. Le pouvoir d’achat ne cesse de se détériorer. Les promesses d’une hausse de la production nationale pour peser sur les prix sont restées en l’état. Pourquoi ?

Face à la hausse généralisée des prix qui s’est amorcée depuis 2021, la réponse apportée pour le moment en recourant à des augmentations salariales, s’avère insuffisante et reste en deçà de ce qu’il pouvait être entrepris pour juguler une inflation qui s’est installée dans la durée.

Les hausses des salaires décidées en 2022 et 2023 risquent déjà de perdre leur effet correctif tant le niveau des prix est encore élevé. Que ce soit pour les ménages ou les entreprises, le moral n’est pas au beau fixe.

Les distorsions qui caractérisent le fonctionnement de l’économie algérienne et la faiblesse de l’offre contribuent largement à la perpétuation de la situation.

Aussi, le moment est opportun de mettre en œuvre un dispositif rigoureux de lutte contre l’inflation en recourant à différents instruments de type monétaire mais également non monétaire afin de prévenir la spirale inflationniste préjudiciable pour tout le monde.

Les chefs d’entreprises se plaignent toujours de blocage et la Banque d’Algérie a sommé les banques d’accorder plus de crédits à l’économie. Comment expliquez-vous cette situation ?

Le financement des entreprises algériennes est basé essentiellement sur le crédit bancaire. Celui-ci est souvent sollicité dans le cadre des investissements et lors de la création des entreprises.

C’est à ce stade que les difficultés d’accès existent, particulièrement pour les PME. Dans sa note de conjoncture pour 2022, la Banque d’Algérie fait ressortir, à juste titre, que la masse monétaire M2 a connu une progression de 10,58 % alors que les crédits à l’économie n’ont progressé que de 4,17 %.

L’explication est que les banques ne prenant plus de risques par crainte de se retrouver avec des créances douteuses, comme par un passé récent, ont durci leurs conditions d’octroi des crédits en exigeant d’importantes garanties aux entreprises, parmi lesquelles l’hypothèque et le nantissement.

Un autre problème existe aussi, celui de la segmentation du crédit bancaire, puisque les crédits à long terme représentent près de 70 % des engagements des banques publiques alors que les principales ressources provenant de la collecte de l’épargne sont à court terme.

Le président Tebboune a entamé ce lundi 17 juillet une visite de travail en Chine. Le modèle économique chinois peut-il être appliqué avec succès en Algérie ?

La visite du président Tebboune à Pékin s’inscrit dans le cadre de la concertation permanente entre l’Algérie et la Chine, qui sont tenues par un plan quinquennal de coopération stratégique 2022-2026.

Évidemment, la question de l’intégration du groupe Brics sera abordée par le président car il y tient beaucoup et que la Chine a réservé un accueil favorable.

La forte présence économique chinoise en Algérie est également un centre d’intérêt entre les responsables des deux pays. Une lecture commune de la situation dans le monde et les menaces qui existent, sera évidemment à l’ordre du jour.

Par contre, le modèle économique chinois, de par ses spécificités, ne saurait faire l’objet d’une quelconque adaptation sur une autre réalité socio-économique.

Cependant, l’Algérie a adhéré pleinement à la « Belt and road initiative » initiée par le président chinois Xi Jinping, devant intégrer de nombreux pays, particulièrement africains, dans un large processus de développement économique grâce à la mise en œuvre de projets industriels structurants accompagnés de financement.

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