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Politique économique et sociale : le gouvernement face à ses tâtonnements

Tenir le bâton par le milieu, c’est une subtile manière de satisfaire toutes les parties. Mais le résultat n’est pas toujours garanti. Parfois même, il n’y a pas meilleure posture pour se mettre tout le monde à dos.

C’est ce que doit bien se dire le gouvernement algérien en lisant les conclusions de l’équipe d’experts du FMI qui a séjourné récemment en Algérie.

Des mesures antisociales

Décriées sur le front interne comme des mesures antisociales qui risquent d’appauvrir davantage des pans entiers de la société, les décisions prises par les autorités dans le sillage de la baisse des revenus pétroliers ne trouvent pas grâce non plus aux yeux des institutions monétaires internationales.

En tout cas, le FMI trouve que les Algériens ne font pas assez pour consolider les finances publiques et rétablir les équilibres budgétaires.

« Les nouvelles mesures risquent d’aggraver les déséquilibres, accentuer les tensions inflationnistes et accélérer la perte de réserves de changes ». Un avis qui reste non contraignant car justement, le gouvernement algérien, échaudé par l’expérience des années 1990, a tout fait pour éviter de se retrouver à nouveau sous la coupe des injonctions, exécutoires et souvent douloureuses sur le plan social, du FMI ou de la Banque mondiale.

Même au moment où tout semblait le contraindre à recourir de nouveau à l’endettement extérieur, lorsque, en octobre dernier, son chef Ahmed Ouyahia jurait publiquement qu’il n’avait pas de quoi payer les salaires des fonctionnaires, le gouvernement a trouvé la parade de la planche à billets, pudiquement appelée financement non conventionnel interne de l’économie.

Risque inflationniste

Les experts du FMI en ont surtout après cette mesure et les risques de flambée inflationniste qu’elle suppose. « La consolidation budgétaire est nécessaire pour ajuster le niveau des dépenses au niveau réduit des recettes, mais elle peut se faire à un rythme régulier sans recourir au financement monétaire de la banque centrale », estiment-ils, mettant en garde qu’il se peut que « l’environnement économique ne devienne propice ni aux réformes ni au développement du secteur privé ».

Ce constat dressé, les émissaires du FMI passent à ce qu’ils savent faire le mieux, les recommandations. On y retrouve, pêle-mêle, l’émission de titres de dette publique au taux du marché, des partenariats public-privé, des ventes d’actifs (privatisations) des emprunts extérieurs pour financer des projets d’investissement, la dépréciation progressive du dinar et l’élimination du marché parallèle des changes.

Il est curieux de constater que ce dernier point, le marché noir de la devise, constitue le seul sur lequel les voix internes et externes ne divergent pas. Pour le reste, le gouvernement algérien est pris en tenailles entre le FMI et l’opposition interne sur plusieurs dossiers. Là où le premier voit des mesures trop sociales, la seconde partie dénonce des décisions ultralibérales et des velléités de bradage du patrimoine public.

Petit rappel des épisodes qui ont vu syndicats, partis politiques, organisations de la société civile et experts monter au créneau ces derniers mois pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme des mesures antisociales : la dépréciation continuelle du dinar par la Banque d’Algérie, la signature entre le gouvernement, le patronat et la Centrale syndicale de la Charte sur le partenariat public-privé prévoyant la cession d’actifs d’entreprises publiques aux investisseurs privés, le débat sur la révision du système des subventions et bien d’autres mesures actées ou à l’étude.

Cafouillage au sommet

La politique économique et sociale du gouvernement est-elle à ce point vaporeuse et illisible ? Il est vrai que depuis la baisse brutale des prix des hydrocarbures, les autorités algériennes sont tenues d’exécuter un numéro d’équilibriste en ménageant les finances publiques tout en évitant un mécontentement populaire dans une conjoncture internationale et régionale propice aux soulèvements dévastateurs.

Dans la foulée de ce qu’on a appelé le printemps arabe, le choc pétrolier ne pouvait pas plus mal tomber. Et comme, en dehors de quelques voix éparses de l’opposition, personne n’a vu venir la disette, il fallait improviser.

On a eu dès lors droit à des tâtonnements en guise de stratégie, des effets d’annonce au lieu de mesures concrètes et surtout des contradictions publiques entre les ministres d’un même Exécutif au moment où la situation exigeait un minimum de solidarité gouvernementale.

Le flou est presque sciemment entretenu et malin qui pourrait définir en l’état actuel des choses l’orientation et les objectifs de la politique économique du pays. L’été dernier, un Premier ministre est débarqué après seulement trois mois d’exercice pour avoir, semble-il, voulu montrer leurs limites aux hommes d’affaires. Son successeur ne connaîtra pas le même sort mais sera tout de même rappelé à l’ordre publiquement, soupçonné d’accointance avec ces mêmes hommes d’affaires auxquels il s’apprêtait, semble-t-il encore, à céder les fleurons de l’industrie nationale.

La Charte sur le partenariat public-privé est depuis remise aux calendes grecques mais aucun responsable n’a tranché définitivement la question des privatisations. Et tant pis si les entreprises publiques, à l’équilibre plus que précaire, continuent à être perçues par les institutions internationales comme des tonneaux des Danaïdes pour les finances publiques.

Un autre dossier est ouvert et abordé de manière on ne peut plus maladroite, celui des subventions publiques des produits de base. Au moment où la question était encore au stade du débat, un ministre de la République, celui des Finances qui plus est, a pris la liberté d’annoncer à partir de l’étranger la fin prochaine du soutien au prix de l’essence.

S’ensuivra un cinglant désaveu de son chef hiérarchique dont le démenti, dans des termes crus et humiliants, ne fera qu’ajouter du flou à la situation et du discrédit à l’action de l’Exécutif. Et là aussi, l’idée est restée en suspens, sans que son abandon définitif ne soit acté.

De même pour la cotation officielle de la monnaie nationale qu’on nous dit depuis des années surévaluée, sans jamais aller au fond des choses en provoquant un nivellement par le haut ou par le bas, en ajustant le cours du dinar sur ceux pratiqués au marché noir où en s’attaquant frontalement à ce même marché de change parallèle. Les demi-mesures de la Banque d’Algérie n’ont jusque-là rien réglé.

Sur de nombreuses questions économiques et sociales épineuses, autant dire que le gouvernement n’a pas réellement agi ces derniers mois et quand il a tenté de le faire, les maladresses étaient au rendez-vous par la faute d’une communication plus que défaillante. Aussi, à trop vouloir ménager la chèvre et le chou, on finit par opter pour l’immobilisme. D’où le statu quo actuel qui ne semble satisfaire personne.

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