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Seddik Chihab répond à Boukrouh et aux partisans de l’article 102

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Seddik Chihab, porte-parole du RND

ENTRETIEN. Seddik Chihab est le porte-parole du RND. Mardi, il a représenté son parti à la réunion des partis de l’alliance présidentielle. Dans cet entretien, il évoque ce que Ouyahia leur a dit et répond à Boukrouh et à ceux qui appellent à l’application de l’article 102.

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Quel était l’objet de la réunion du Premier ministre avec les chefs des partis de la majorité présidentielle ?

Je pense que le principal objectif de la réunion était de se concerter avec les partis de la majorité présidentielle autour du plan d’action du gouvernement et sa mise en œuvre. C’est une réunion de coordination entre des partis alliés qui soutiennent le président de la République, son programme et qui ont le souci de sa mise en œuvre. Je ne sais pas pourquoi les gens trouvent cela extraordinaire alors que la démarche est tout à fait ordinaire.

L’Exécutif n’a pas l’habitude de consulter ou de solliciter des avis sur son plan d’action et la manière de l’appliquer…

Cela se produira à chaque fois que ça sera nécessaire. Aujourd’hui, les vertus du dialogue sont connues et reconnues. Le président de la République a toujours insisté sur le renforcement du front interne. Et cela ne peut se faire que par la concertation. Le Premier ministre s’est adressé à ceux qui soutiennent le programme du Président, mais si les partis de l’opposition demandent à être reçus, ils le seront.

Cela veut dire que le Premier ministre ne va pas inviter les partis de l’opposition ?

En effet, il ne va pas les inviter puisqu’il y a une majorité et une opposition qui a d’ores et déjà fait savoir qu’elle était contre le programme. Il est normal qu’ils ne soient pas invités. Le dialogue reste toutefois ouvert et ses canaux sont multiples et variés. Sur ce plan, il n’y a pas de problème.

Le Premier ministre a dressé un tableau de la situation économique du pays dans son plan d’action. Qu’est-ce qu’il vous a dit ?

Évidemment, dans son plan d’action, le Premier ministre est très clair sur la situation économique et financière. Lors de la réunion, il nous a précisé que la situation était difficile. Nous avons une baisse continue des prix du pétrole qui nous a fait perdre plus de la moitié de nos revenus. Nous devons donc envisager les choses de façon plus pragmatique. Le déficit du Trésor public de manière générale pose problème et il est évident que nous devons nous mobiliser pour pouvoir y faire face.

Ahmed Ouyahia ne tiendra pas le même discours que ses prédécesseurs sur la situation économique du pays, qui ne semblaient pas inquiets ?

Non, je ne crois pas ! En tous cas, il ne nous a pas tenu ce discours lors de la rencontre. Il a été clair, net et précis. D’ailleurs, de l’avis des experts, le plan d’action du gouvernement, qu’il va présenter dimanche, contient un diagnostic précis et sans concessions de la situation financière du pays. Je vous renvoie également à l’orientation du Président lors de la dernière réunion du Conseil des ministres où il a demandé de façon claire à ce que le gouvernement communique et dit la vérité au peuple algérien.

Quelle vérité justement ?

Dire que la situation est difficile mais pas aussi dramatique comme certains essaient de le faire croire notamment à travers les journaux. Cette vérité ne doit pas nous effrayer.

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Le Premier ministre a lui-même dressé un tableau sombre de la situation économique…

Aujourd’hui, notre situation n’est pas aussi dramatique sur le plan global. Il faut rétablir certains équilibres.

Le gouvernement a justement décidé d’aller vers un financement interne non-conventionnel. Est-ce que ce choix n’est pas dangereux ?

Je ne pense pas qu’il y ait des risques au sens propre du terme dès lors que le gouvernement sait à quoi s’en tenir et qu’il a d’ores et déjà quelques solutions pour pouvoir remédier à la spirale inflationniste qui peut en résulter. Il faut rappeler qu’on n’avait pas beaucoup d’options. Soit c’est le financement interne non-conventionnel, soit c’est l’endettement extérieur. Le Président a de manière claire interdit le recours à l’endettement extérieur.

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Est-ce que ce mode de financement n’est pas dangereux dans un pays comme l’Algérie ?

Aujourd’hui, il faut que la Banque d’Algérie soit le seul garant et le véritable contrôleur de l’utilisation de cet argent. Dans le projet de loi sur la monnaie et le crédit, il est clairement indiqué que cet argent est destiné à rétablir les équilibres, diminuer la dette publique interne et surtout alimenter le Fond national d’investissement (FNI). C’est aussi une façon de revitaliser notre économie. La durée de cette disposition est de cinq ans. Et je pense qu’on pourra sortir de cette spirale avant la fin de ce délai.

Comment sortir de la spirale sans lancer des réformes structurelles ?

Des réformes s’imposent d’elles-mêmes. Je pense qu’il va y avoir des réformes profondes en matière de fiscalité et de dépense publique pour très bientôt. Mais chaque chose en son temps. Aujourd’hui, nous avons le plan d’action qui sera débattu dès dimanche, puis voté.

À quoi les Algériens doivent-ils s’attendre sur le plan économique ?

Je ne pense pas qu’il y aura un chamboulement majeur dans la politique sociale de l’État. Le président de la République tient à ce que l’État continue à assurer sa fonction sociale et donc à préserver les couches défavorisées.

Le gouvernement ne va donc pas revoir sa politique de subventions dans le cadre de la Loi de finances de 2018 ?

Reconsidérer la politique de solidarité nationale et de développement des actions de soutien et d’entraide de façon beaucoup plus juste et équitable est nécessaire. Cependant, je pense qu’il est encore prématuré de mettre en œuvre cette révision. Cela étant dit, il est clair que la situation actuelle nous oblige à travailler plus et à dépenser moins.

Selon nos confrères du Soir d’Algérie, le Premier ministre a indiqué qu’on n’aurait pas eu de quoi payer les fonctionnaires sans le financement interne non-conventionnel. Est-ce que la situation est aussi grave ?

J’ai participé à cette réunion. Personnellement, je n’ai pas entendu cette phrase. Elle m’a peut-être échappée.

Reconstituer une alliance présidentielle est-il à l’ordre du jour ?

Nous ne sommes pas à ce stade de la réflexion. D’ailleurs, on n’a pas besoin d’une structure pour coordonner et se concerter.

Avez-vous discuté des appels à l’application de l’article 102 de la Constitution ?

Nous avons été unanimes à dénoncer et condamner ces appels. Tout le monde sait que le Président n’est pas dans sa meilleure forme. Ce n’est pas un secret et lui-même l’assume depuis très longtemps avec courage et dignité. Mais cela ne l’empêche pas de s’acquitter de ses tâches constitutionnelles. Le Président est bien là. Ceux qui appellent à l’application de l’article 102 de la Constitution veulent nous ramener au point de départ.

Quel point de départ ?

L’anarchie et le chaos. Le Président a été légitimement élu par une majorité écrasante des Algériens. Aujourd’hui, il assume ses fonctions. Si ses apparitions publiques ne sont pas nombreuses, cela ne veut pas dire qu’il ne continue pas à travailler, à gérer et à orienter. Ceux qui veulent appliquer l’article 102 doivent avoir les moyens de leurs revendications. Pour l’instant, ils n’ont ni la légitimité populaire, ni la majorité parlementaire et encore moins le droit constitutionnel (pour demander le départ du Président, NDLR).

Vous avez indirectement appelé à des poursuites judiciaires contre Noureddine Boukrouh qui vous a répondu hier. Pourquoi ?

Cela n’a rien à voir avec l’opposition ou la majorité, c’est la Constitution qui détermine les symboles de l’État dont le président de la République. Vient ensuite la loi qui sanctionne toute atteinte à ces symboles. Quand on s’attaque à la personne du Président, on tombe sous le coup de la loi.

Vous avez critiqué la justice…

On se demande pourquoi elle ne s’est pas autosaisit. Pour moins que cela, la justice est intervenue. En tant que citoyen et militant, je ne conçois pas que quelqu’un vient se poser en donneur de leçons et croit se permettre tous, même d’insulter le président de la République.

Noureddine Boukrouh a indiqué hier dans sa réponse qu’il ne savait pas si votre déclaration « est le braillement personnel du valet en question ou l’acte préliminaire d’un plan destiné à me faire taire par tous les moyens ». Que répondez-vous ?

Ceux qui me connaissent et le connaissent savent qui d’entre nous deux a des gênes de valet. Ceci dit, demander à ce que la loi soit appliquée est en soi un acte de citoyenneté. Par contre, se cacher derrière une position politique pour déverser sa haine parce qu’on n’a pas pu pérenniser ses positions au sein du pouvoir est en soi immoral et lâche.

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